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Société archéologique de Touraine

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ETUDE ARCHÉOLOGIQUE DU BÂTI
de la Chapelle Saint-Libert

 

Par Gérard Fleury

L’ancienne église Saint-Libert est un édifice qui a souffert de son utilisation à des fins industrielles. Elle est depuis longtemps amputée de son chevet dont seules des fouilles, sous l’appentis qui le termine à l’est et sous la rue de la Bretonnerie, pourraient permettre d’en proposer le plan initial.

   

Axonométries schématiques :

faces nord-ouest, niveau de sol actuel;                                               faces sud-ouest, niveau restitué.

En rouge pâle est représenté un chevet purement symbolique. (Tous les dessins sont de l’auteur).

 

   Malgré sa dénomination courante de « chapelle », ses dimensions sont plutôt celles d’une église moyenne. Hors œuvre : actuellement 17,50 m de long hors appentis est (estimé 24 m à l’origine), 8,60 m de large hors appentis est, 10,15 m de haut (gouttereaux de 5,50 m) à partir du sol actuel. À l’intérieur on avait une salle d’environ 17 m de long sur 6,50 m de large. Si l’on se fie à l’excavation pratiquée devant le portail ouest, le remblai intérieur est de l’ordre de 2,00 m. La hauteur sous sablières était donc d’environ 7,50 m. Le plan et les élévations tiennent compte de ces données et constituent donc des restitutions des volumes initiaux (forcément approximatifs, car d’autres degrés peuvent exister aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur).

   Dans toutes les parties conservées intactes (ou presque) règne un appareil moyen dont le layage n’est plus perceptible qu’au mur nord, à joints relativement épais. Les murs sont montés en un remplissage de tout venant noyé dans un mortier dur, entre deux parements de blocs de calcaire assez dur. Cependant les arcs ne sont pas fourrés et seules les dégradations des murs et des fenêtres font apparaître sa structure interne qui était particulièrement dissimulée.

   Sur 14 m depuis l’ouest, son mur nord est bordé par un massif de maçonnerie de plan trapézoïdal (environ 4m à l’ouest, 3 m à l’est) que l’on peut identifier comme un tronçon du rempart gallo-romain. Si l’on tient compte de l’exhaussement de 2,00 m des terres, c’est une hauteur de 4 m, au minimum et sans compter les fondations, qu’il faut lui attribuer. Surtout à cause de son biais extérieur,  on comprend mal de quel côté le rempart a été rogné : pour faire place à l’église ou (sans doute alors bien plus tard) pour des questions de voirie.

Mur sud.

    Le mur sud est relativement lisible, malgré les percements de deux portes à l’époque moderne, les édicules accolés qui ont laissé les dégradations dues à leurs liaisons et la végétation envahissante du jardin voisin.

 

   Sa structure est très claire : le sommet est couronné d’une corniche débordante formée de dalles posées sur l’épaisseur du parement de carreaux de calcaire du mur.

   Son profil extérieur est formé d’un bandeau décoré de perforations (restes du tracé de besants ?), d’une gorge limitée vers le bas par un tore très dégradé. Elle est soutenue par des modillons à tablette supérieure, dont les motifs courants dans les constructions romanes présentent quelques volumes simples plus ou moins en forme de végétaux, des têtes grotesques (démons ?) et quelques têtes humaines masculines et féminines qui par leur qualité « humaniste » dénotent certainement une période avancée du XIIe siècle.

         

Quelques modillons de la façade sud

Photos H.C

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    Elle est aussi soutenue par trois contreforts plats (celui de l’est n’est identifiable que par ses arrachements) et elle bute à l’ouest sur un contrefort d’angle qui s’épaissit deux fois vers le bas. À l’est, les deux contreforts délimitent une plage verticale moins large. Ces contreforts ne correspondent à aucune structure intérieure, mais on peut penser que l’espace ainsi marqué correspondait au chœur. Au-delà, vers l’est, rien n’apparaît plus d’authentique de ce côté, mais le dernier contrefort visible n’étant pas un contrefort d’angle il est probable que l’édifice se continuait par une abside : en effet, une partie droite aurait pu être réutilisée, même réduite par l’élargissement du passage qui existait vers une modeste porte percée dans la muraille gallo-romaine. Peut-être, cette partie était-elle la seule voûtée. Nouvel argument qui l’aurait rendue impropre à un large accès pour une utilisation industrielle.

    Le registre supérieur est entre chaque paire de contreforts percé d’une fenêtre à arc en plein cintre appareillé de 7 claveaux, les piédroits ne se distinguant pas du mur. on remarquera que les arêtes sont abattues d’un chanfrein continu, nouvelle marque tardive. Les trois fenêtres ont leurs appuis sur le bandeau qui sépare ce registre supérieur du registre inférieur qui a une hauteur deux fois plus importante. Les cintres ont leurs extrados tangents à la corniche, on a donc affaire à des fenêtres hautes, signe d’archaïsme.

    Le bandeau médian est presque aussi débordant que la corniche, et son profil est tout aussi riche : talon supérieur en deux plates-bandes séparées d’un filet, congé concave pour retrouver le plan du registre inférieur. Ce congé se termine avant chaque contrefort par une petite surface sphérique, ce qui montre le soin avec lequel ce mur fut monté. Pour le protéger, des glacis, d’une assise latéralement et de trois assises en partie centrale, font corps avec le registre supérieur et l’anime. On remarquera qu’un même bandeau le prolonge visuellement, au même niveau, sur les contreforts d’angle.

 

     La partie centrale conserve l’épaississement obtenu par le glacis supérieur et s’y ouvre un portail à arc appareillé, légèrement brisé, dont les angles sont adoucis d’un tore. D’après le dessin de 1898, ce tore s’arrêtait sur des chapiteaux, surmontant sans doute des colonnettes, une excavation comme à l’ouest permettrait d’en être plus sûr.

Dessin d’Armand Guéritte de 1898
Fonds SAT DF Ab 026-011

 
 

   L’angle sud-ouest est renforcé d’un contrefort en deux parties perpendiculaires (une au sud, l’autre à l’ouest) qui sont en liaisons parfaites entre elles et avec les murs sud et ouest. Leur montage étant donc contemporain des gouttereaux.

L’église n’ayant pas été voûtée, on s’étonnera d’un tel dispositif (reproduit à l’autre angle de la façade), disproportionné par rapport aux contraintes d’une simple charpente.

Peut-être le sol présentait-il une forte déclivité vers l’ouest, peut-être avait-on l’intention de monter des voûtes, car si les contreforts latéraux sont modestes, l’épaisseur d’environ 1 m de tous les murs peut le laisser penser (1,10 m au sud et à l’ouest, seulement 0,90 au nord).

     Cependant, une autre hypothèse peut être envisagée, le pignon ouest étant fortement amaigri du côté extérieur et se raccordant au mur de base par un simple talus (l’ensemble est cimenté actuellement) : celle d’un clocher-mur (ou clocher-peigne), déjà arasé à l’époque des premières gravures que nous possédons.
 
 

Façade ouest.

   La façade ouest est moins facile à étudier car elle est emboîtée en partie dans un appentis dont le faîte repose sur un bandeau qui semble identique à celui du sud. Au-dessus tout semble être cimenté, excepté la fenêtre de construction identique à celles du mur sud (cependant plus développée en hauteur). Si cette dernière est très légèrement décalée vers le nord par rapport à l’axe du portail situé en dessous, les deux le sont fortement par rapport à l’axe de l’église (50 cm pour le portail). Peut-être une construction gênait-elle dès l’origine la vue complète sur cette façade. Le portail est très similaire à celui du sud, grandeur et modénature : arc appareillé légèrement brisé (ici cependant à double rouleau, le rouleau supérieur intégrant un bandeau proéminant) dont l’arête est adouci d’un tore retombant sur un chapiteau porté par une colonnette. Seul le chapiteau sud est encore faiblement lisible, son décor est formé de feuilles lisses larges et pointues gainant la corbeille, apparemment laissée nue en partie supérieure. Les bases sont en simple talus, la liaison avec la colonnette s’effectuant par un tore à section en amande. Le seuil a été dégagé, mais uniquement vers l’extérieur, ce qui laisse incertain le niveau estimé des remblais intérieurs. On notera que le renfort particulier assuré par le double rouleau de l’arc conforte l’hypothèse d’un pignon très développé faisant office de clocher (dont aucune trace n’apparaît par ailleurs).

 

Mur nord

    Le mur nord est plus difficile à restituer, car aucune ouverture n’a été respectée par les utilisateurs successifs. Il fait corps sur 14 m avec le massif compact de maçonnerie qui le borde au nord sur une hauteur de 1,20 par rapport au niveau de sol actuel (donc environ 3 m par rapport au niveau de sol d’origine, estimé). Aucune porte ne peut s’y observer, ce que la présence des maçonneries précédentes explique facilement. La partie extérieure, à l’est (sous l’appentis nord), qui n’est plus bordée par ce massif (résultat d’une démolition moderne), apparaît montée sur les restes de ce dernier.

    On peut donc admettre que le mur nord de l’église a été construit en prenant appui sur le bord sud de la muraille, et non appliqué contre. On ne peut vérifier cette disposition à l’intérieur car un enduit de ciment a été posé sur ce revers.

    Le mur oriental de l’appentis semble avoir été monté, lui aussi, sur le massif et le travail de creusement a laissé en témoin toute sa partie inférieure.

  La singularité est la présence de trois fenêtres que l’on peut facilement restituer : fentes étroites bornées en partie haute (et sans doute aussi en partie basse) par un linteau droit. Si l’on s’en tient aux traces laissées sur les linteaux, on avait à l’origine deux ébrasements symétriques à l’intérieur et l’extérieur, ne laissant qu’une arête minime.

   Mais il se peut que cette fente étroite (20 cm) ait été élargie ultérieurement car le tableau est de la fenêtre médiane, fait apparaître une partie plate incompatible avec les traces sur le linteau, conduisant à une estimation de la fente de 40 cm. Ces trois fenêtres, d’environ 2 m de hauteur, apparaissent comme des jours étroits, rectangulaires, semblables à ceux qui sont ouverts parfois dans les murs périphériques des escaliers, au XIIIe siècle.

   Un linteau plus épais et échancré en demi-cercle, aurait dénoté un procédé plus ancien. Ce ne sont pas des meurtrières car la fente donnant le jour n’est pas située au plan extérieur du mur. si elles ont une fonction de défense, ce n’est que de manière passive, rendant une intrusion impossible de ce côté (du moins dans leur version initiale). Le gouttereau nord étant parfois aveugle dans les petits édifices, il s’agit bien de fenêtres destinées à éclairer la nef.

  Un indice peu visible (donc incertain) semble indiquer une entaille verticale dans le tableau est (fenêtre centrale), parallèle au plan du mur, permettant de les obturer au besoin. Le linteau supérieur est au même niveau que les sommiers des arcs des fenêtres du mur sud.

Impacts des piédroits sur le linteau supérieur

Photo G.F.

Restes du linteau et du tableau est.

Photo G.F.

Au-dessus du massif maçonné, ce mur était visible depuis le nord. L’appareillage y est tout aussi soigné et moins dégradé grâce à l’appentis, et permet d’observer sur de nombreux blocs un layage assez fin, très régulier.

Contreforts nord-ouest, celui du nord est repérable par son arrachement.

Photo G.F.

Modillons de la corniche nord, partie est.

Photo G.F.

Une corniche débordante (de même profil qu’au sud) protégeait le mur, il en reste de nombreux tronçons. Des modillons, (il en reste 5) plutôt martelés qu’érodés, et une frise de besants sur le bandeau supérieur assuraient un décor modeste.

 

Intérieur et charpente

    L’intérieur est sobre, aucune animation murale, aucune travée individualisée.

    Actuellement, là où il n’a pas été arraché, l’appareil est d’une grande régularité. La lumière est encore abondamment distribuée par les trois fenêtres sud et la fenêtre de façade, elle l’était sans doute de manière plus parcimonieuse par les jours étroits du nord. Mais nous n’avons bien sûr aucune idée, ni de la lumière ni du décor proposé par le chevet qui concentrait peut-être l’essentiel de l’intérêt artistique de l’édifice.

    Les axes décalés de la nef, du portail et de la fenêtre ouest (en rouge). L’arc en briques (moderne) reproduit exactement le profil de l’arc extérieur d’origine.

    Les zones sombres mettent en évidence l’arrachement des parements intérieurs et la zone claire le plan du sol actuel.

    La charpente est datable de la fin du XVe ou du XVIe siècle Une analyse par dendrochronologie apportera davantage de précision. C’est une très belle charpente du type chevrons formant ferme. Ce type de charpente était habituellement lambrissé mais aucune trace d’un tel habillage n’a été observée ici. Elle est rythmée de trois fermes à entrait et poinçons soigneusement épannelées.

Photo G.F.

 

    Pourquoi la charpente initiale a-t-elle été remplacée, trois siècles plus tard ? Aucune trace d’incendie n’est repérable, la guerre de Cent ans lui a peut-être été fatale, comme pour de nombreux édifices et particulièrement ici à cause de sa proximité avec le rempart que l’on dit remanié au XIVe siècle.

Conclusion.

    C’est un édifice de construction soignée, ce que montrent les analyses précédentes.

    Sa construction a manifestement été exécutée en une seule campagne : aucune rupture d’assises n’apparaît, une grande homogénéité de l’appareil est tangible.

    Malgré son allure purement romane, quelques détails laissent penser à une construction tardive dans le XIIe siècle.

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